Tête à tête avec Thiébault de Saint-Amand






Hier, je diffusais mon retour lecture de « Blue note pour héroïne brune » (ma chronique ici). Afin d’approfondir un peu notre découverte de cet auteur, Thiébault de Saint-Amand a bien voulu se prêter au jeu de l’interview . Un grand MERCI !



Quel lecteur « jeunesse » étiez-vous ?
Un pantagruélique lecteur. Né à la bonne époque, sinon les scribes en auraient eu des ampoules aux doigts. A l’école, je n’aimais que le français et l’histoire. Mes lectures enchaînées me poussaient à découvrir d’autres auteurs, mon intérêt encourageait mes profs à me présenter à des tas de challenges… où je gagnais des livres. Une bête à Goncourt quoi ! Maintenant que vous m’y faites songer, que des trucs sérieux à vrai dire. Mes bêtises littéraires viennent sans doute de là !

Pouvez-vous nous parler du livre qui vous a le plus marqué?

« Eusébio Ferrari, sa vie à l’aube de la résistance armée », un truc comme ça. Je devais avoir une douzaine d’années. Un livre vachement gai qui raconte l’histoire d’un gamin d’origine italienne, résistant et communiste. L’action se déroule chez moi, dans le nord, et il sera assassiné par les Allemands en 42 si je me souviens bien. Il avait 23 ans. Vous savez à présent que si je ne réussis pas ma carrière d’auteur, je ferai de la politique comme tout ceux qui ne savent rien faire de particulier. Dans ce cas-là, j’instaurerai une journée obligatoire dans les écoles à la mémoire d’Eusébio Ferrari. Oui, je sais. Du déjà vu. Nous avons tous notre héros à honorer, cela démontre la limite de l’exercice…

 
Comment en êtes-vous arrivé à l’écriture ?

Mon épouse et Benoit de la Bourdonnaye m’ont poussé à franchir le cap. Elle était déjà éditée par ses soins et Benoit ouvrait une nouvelle collection sous la direction littéraire de Laurent Bettoni : le Pulp. « Les dessous (en dentelle) de l’Elysée » étaient nés ! Je ne suis pas un exhibitionniste. Sans eux, je ne l’aurais jamais fait. Là-encore, j’aurais pu pondre un truc emmerdant sur la cinquième colonne et les affres du pouvoir, mais j’ai préféré la gaudriole. Certains lecteurs ne manquent pas de reconnaître quelques vérités ou caricatures de personnages. Leur imagination débridée, sans aucun doute permis…

 
Dans quelles conditions écrivez-vous ?

Toutes mes idées me viennent en voiture et toutes mes phrases sont des premiers jets. Je suis un fainéant. Il faut que j’entende une musique. Si je ne l’ai pas, je jette l’idée. Si ça sonne bien, elle est couchée et je n’y touche plus.

 
 
Dans votre roman « Blue note pour héroïne brune » pourquoi avoir choisi cette époque et ce style de langage ?

J’ai choisi les années 30, car notre époque a des similitudes qui font froid dans le dos. Nous connaissons les mêmes progrès importants dans les domaines ménagers, industriels, électroniques, dans la même ambiance guerrière que nous appelons aujourd’hui le terrorisme et gouvernés par les mêmes populistes qui, de l’extrême droite à l’extrême gauche, ont tous la solution idéale et innovante.. qui ne marche pas. En oubliant bien entendu de vous dire que notre destin est entre les mains d’un Poutine, d’un Trump… ou d’un consortium chinois qui pilote notre économie aux confins d’un trou paumé de la province du Hunan. Dans les années 30, certains ont fait confiance aux ligues, au Front Populaire, aux radicaux, aux mouvements pacifistes et la suite, on la connait. Le choix du langage, c’est une coquetterie. Le petit effort que je demande au lecteur pour entrer dans le monde particulier de Phil. C’est de l’argot léger, plus proche du langage fleuri que de toute autre tentative linguistique sérieuse. Anita Berchenko et les Editions du 38 ont pris une décision courageuse, car ce n’est pas le style le plus tendance actuellement.

 
Quel est le rôle d’un auteur pour vous?
Fédérer et divertir. Ecrire pour soi ou pour tata Renée qui vous trouve formidable en toute circonstance ne revêt que peu d’intérêt. Mais quand vous avez la chance de rencontrer quelques lecteurs qui vous disent qu’ils ont passé un bon moment avec votre histoire, là… C’est la raison pour laquelle je crois qu’il faut avoir le courage de se lancer, mais également celui plus difficile encore de savoir s’arrêter. Quand vous avez tout tenté et que cela ne fonctionne pas, ce ne sont jamais les lecteurs qui ont tort.

Je vous offre la possibilité de rencontrer l’auteur de votre choix, lequel choisissez-vous?
Ils sont tous morts ! Cela doit être ma déformation de jeunesse que je vous expliquais plus tôt, mais je n’arrive jamais à appréhender les personnages publics autrement que dans leur globalité. Avec les vivants, il me manque la fin. Qui nous dit que Marc Lévy ne finira pas sa carrière dans la tragédie grecque ou comme scénariste de luxe dans Picsou Magazine ? Quand ce genre de question taraude votre esprit, vous portez un regard différent sur vos rencontres avec les auteurs d’œuvres de l’esprit ou les hommes politiques dont l’esprit ne manque jamais pour leurs œuvres…

Si vous pouviez ôter un défaut à l’humanité ..

L’arrogance. Pendant des millénaires, l’homme s’est industrialisé, armé, éduqué pour conquérir des territoires et des pouvoirs, car il se croyait le meilleur et il a juste oublié le bonheur. Aujourd’hui, nous assistons au même concours pour des pluies acides, de la glace sur les pôles et la permanence d’eau douce abondante. Le destin de l’humanité repose sur de la flotte, du vent et quelques nuages, ça vaut bien une conférence où nous n’avons d’autre choix que de faire confiance à des bateleurs d’estrade aux profils et arrières pensées parfois inquiétants.

 
Quel personnage de fiction aimeriez vous être ?

Pas forcément pour ce que vous croyez, mais Hercule Poirot m’a fasciné dernièrement. Avec le nombre d’invitations qu’il reçoit dans des hôtels, manoirs et autres demeures bourgeoises, il aurait pu créer Tripadvisor et devenir millionnaire bien avant de se faire ronger par le diabète ou le cholestérol !

 
La musique ou chanson qui vous donne des frissons?

Si vous me parlez de frissons, le Chant des Partisans. I will survive n’est arrivé que très tard dans ma play list.

 
Avez-vous un projet en cours que vous aimeriez partager avec nous ?

En janvier, Hospice and Love sortira chez Hugo Roman. Cela n’a rien à voir avec mes deux séries, Mazelot et les Dessous (en dentelles) de l’Elysée qui continuent leur bonhomme de chemin dans leur style si particulier. La chance que me donne Franck Spengler cette fois-ci, c’est de vous proposer un « vrai » roman. Pas d’argot, pas de politique. Une histoire d’amours vieilles. A ma façon, quand même.

 
Un grand merci pour vos réponses, je vous laisse le mot de la fin.

Deux fois merci, Steph ! Merci d’abord de m’avoir reçu et d’avoir eu la curiosité de découvrir mon Philou. Merci aussi de m’avoir permis de répondre à vos questions. Et qui sait ? A bientôt !

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