Trophée Anonym’us : Nouvelle n°20 « À usage unique »

Petit rappel du trophée : C’est un concours de nouvelles crée par Eric Maravelias et Anne Denost . Cette année, il y a 27 auteurs (édités ou non édités) en compétition.

Leur mission: écrire une nouvelle de 20 000 signes sur le thème du polar ou noir.

Les membres du jury (dont je fais partie ) liront ces nouvelles à l’aveugle.

Les auteurs :

Maud Mayeras – Olivier Chapuis – Danielle Thiery – Ghislain Gilberti – Marie Delabos – Colin Niel – David Charlier – Dominique Maisons – Sandra Martineau – Marie Van Moere – François Médéline – Ellen Guillemain – Cicéron Angledroit – Valérie Allam – Stéphanie Clémente – Gaëlle Perrin-Guillet – Anouk Langaney – Patrick K. Dewdney – Florence Medina – Michel Douard – Benoit Séverac – Loser Esteban – Jeremy Bouquin – Armelle Carbonel – Jacques Saussey – Yannick Dubart – Nils Barrelon

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À usage unique

            Sandra B. est une putain.

Elle préfère putain à pute, allez savoir pourquoi. Mais elle peut bien choisir ses mots, au fond, ça ne change rien.

Vous la reconnaissez ? On la croise dans la rue, adossée aux voitures, jambe soulevée, cuisse offerte. Fataliste, elle ne guette même plus votre regard derrière le pare-brise. Et malgré son eau de toilette de supermarché, elle a toujours l’impression de puer. Votre gazole, à vous qui ne vous êtes pas arrêté. Ton sperme, à toi qui es déjà reparti.

 

Claudia F. est la femme de votre vie.

C’est vous qui le dites. En tout cas, vous le pensiez le jour où vous l’avez épousée. Vous l’avez rencontrée à l’aube de vos quarante ans. Vous étiez très épris l’un de l’autre. L’un dans l’autre aussi, pour être honnête. Désir toujours de mise : Claudia F. n’en finissait pas d’avoir envie de vous.

Elle se décrivait comme une femme passionnée, avait fait un nombre considérable d’expériences, des voyages exotiques et une carrière honorable. Belle femme, elle n’avait que le défaut de ses qualités : tout devait se conformer à ses projets. Y compris vous-même, son nouvel époux. Et à l’époque, souvenez-vous, vous n’y voyiez aucun mal, n’éleviez pas d’objections.

 

Peut-être Sandra B. a-t-elle eu la chance de vous rencontrer alors qu’elle n’avait pas quinze ans ? Elle avait trouvé ce boulot, pour se faire de l’argent de poche après le collège. De toute façon, elle n’aimait pas les cours, arrêterait l’année d’après. Autant se faire du blé, préparer son indépendance. Elle était serveuse dans un bistrot du XXème. Confectionnait des sandwichs derrière le bar. Servait des bières. Vous lui avez tendu un billet. C’était la première fois qu’elle en voyait de cette couleur et vous lui avez demandé si elle était vierge. Justement, c’était son signe astrologique. La vierge vous a suivi dans l’escalier. Pour préparer son avenir en toute indépendance.

 

L’objectif de Claudia F. est de faire un ou deux enfants avant qu’il ne soit trop tard. Vous ne vous êtes pas attardé sur la relativité du temps ni sur votre désir de paternité plutôt défaillant. Vous avez vite compris que le projet de Claudia F. allait devenir votre projet à vous aussi.

 

L’avenir de Sandra B. lui a vite coulé dans les veines. La putain est devenue héroïne. Et l’héroïne a façonné la vierge à sa façon. Souvent, lorsque vous êtes entre ses cuisses, vous n’êtes pas convaincu qu’elle en soit consciente. Pour cette raison sans doute, avez-vous usé d’autres pratiques… afin qu’elle vous sente au plus profond de sa chair. Le visage de la putain est fracassé, la vierge maculée.

Lorsqu’elle s’est rendue au commissariat — pour une plainte, pas une reddition — ; ils ne l’ont pas écoutée. Ce sont les risques du métier, lui a-t-on répondu.

 

Claudia F. était la femme de votre vie ! C’est vous-même qui l’affirmiez, avant qu’elle n’accroche ce calendrier dans la salle de bains, à côté du miroir. En vous brossant les dents, vous ne pouvez plus éviter ce long face à face avec cette litanie de journées et ces rangées de mois. Et les cercles rouges dont votre femme a marqué certaines dates.

 

Pendant ce temps, sur l’écran de votre ordinateur, Sandra B. clignote nonchalamment. Au début, ce n’était que quelques photos, et puis des films. Maintenant elle se webcam seule, pendant qu’elle se came. Studio porno haute techno, téléréalité extrême. La vérité est ailleurs, mais elle reste une putain.

 

Allons, rappelez-vous, Claudia F. n’en finissait pas d’avoir envie de vous… surtout pendant les jours marqués de rouge. Le reste du calendrier, l’envie restait sagement à l’intérieur, comme pendant les jours de pluie ; on évitait de se mouiller.

Les jours qui n’étaient pas entourés étaient devenus transparents, Claudia F. surgelait votre désir d’un simple regard. Elle lisait un peu, le soir, puis se tournait, éteignait la lumière. Et votre désir était prié de baisser d’intensité, ceci afin de laisser votre femme s’endormir en paix. Votre désir, à l’ère du micro-ondes, on saurait bien le réchauffer plus tard ; Claudia F. ne nourrissait aucune inquiétude à ce sujet. Désormais vous ne pouviez qu’attendre que le rouge revienne, soleil crépusculaire qui réchauffe les corps.

Hélas, ce que Claudia F. ne vous avait pas encore laissé entrevoir, c’était l’existence des jours en noir.

 

Malheureux, reprenez courage ! Claudia F. est la femme de votre vie. Même les jours en noir, quand elle s’effondre dans vos bras, se liquéfie à gros bouillons en vous annonçant qu’une fois encore, l’espoir d’enfant s’est éparpillé dans la cuvette des toilettes, enfui dans les canalisations, après qu’elle ait tiré la chasse. Les jours noirs sont jours de deuil pendant lesquels Claudia F. porte ses beaux yeux rouges de chagrin sur votre désir : non vraiment, là, ce n’est pas le moment. Et vous rentrez vous-même votre désir inopportun tout au fond de vous, bien sagement à l’intérieur. En attendant qu’elle finisse par rallumer le micro-ondes, ce qui ne prendra tout au plus que deux petites semaines.

 

Deux petites semaines. Facile à dire quand il s’agit des premiers cycles. Mais l’engrenage se répète inlassablement (c’est justement le principe d’un cycle). Au fil du temps, ces semaines deviennent insupportables. Vous êtes désespéré. Heureusement, la solution existe, à portée de fric. Avant que vous ne remettiez en question le concept selon lequel Claudia F. serait la femme de votre vie, vous vous tournez d’urgence vers Sandra B, unique chance de sauver votre mariage. L’idée n’est pas mauvaise. Inespérée pourriez-vous dire, d’autant plus qu’elle est économique. En faisant vos comptes, vous devez vous rendre à l’évidence : Sandra B. coûte moins cher qu’un divorce.

 

Étonnamment, il reste encore une chose capable d’intéresser Sandra B.. De la retourner, de l’émouvoir. Quand vous ralentissez devant le pas de sa porte, que vos yeux se posent sur le décolleté qui dégueule ses seins, Sandra B., intriguée, s’interroge.

Seriez-vous celui qui la fera jouir ? Car, Sandra B. est partie à la chasse à l’orgasme. Sans fusil ; elle ne veut pas lui faire de mal, préférerait le capturer vivant. Et sans filet (les bas résille ne comptent pas) : un orgasme, après tout, ce n’est pas un papillon. Enfin, c’est ce qu’elle croit. Dans ce domaine, Sandra B. n’est sûre de rien. Mais elle est prête à tout.

 

Lorsqu’il vous reste un peu de temps après l’éjaculation, Sandra B. vous écoute vous répandre. Bien sûr, vous commencez en rappelant à quel point Claudia F. est décidément la femme de votre vie. Pendant que la putain se rhabille lentement et agrafe avec précision ses dessous bon marché, vous hochez la tête pensivement. Alors vous racontez aussi les cercles sur le calendrier. Sandra B. tourne la tête. Elle se souvient de chacun de ses avortements. Des accidents vite aspirés de son utérus comme si de rien n’était, mais qui lui laissaient à chaque fois des cicatrices dans la tête, des boursouflures à l’âme. Elle se lève, va fouiller au fond de la poubelle pour vérifier l’état du préservatif. Pas d’accident cette fois-ci, non. À l’hôpital aussi, on lui avait dit : « Ce sont les risques du métier ».

 

Claudia F. est malheureuse et ne vous rend plus heureux. Vous ne lui en voulez pas, non vraiment, vous comprenez. Mais peu à peu, les chaleurs intenses des jours en rouge s’amenuisent et ne parviennent plus à faire fondre les dunes glaciales de vos draps de coton. Le micro-ondes ne suffit plus. Les mois ont passé, l’espoir d’enfant vacille et la belle Claudia F. se résigne à n’avoir pas su maîtriser l’assaut de vos spermatozoïdes sur ses ovules. La frustration et l’échec la rongent. Elle vous accuse d’être stérile, bon à rien et finit par vous détester.

 

Sandra B. ne vous aime pas, mais ne vous déteste pas non plus. Après l’exercice sexuel, vous monologuez encore. Son corps vous est devenu familier, vous lui trouvez même des ressemblances étranges avec celle qui fut un jour la femme de votre vie. Et comme, malgré tout, vous n’êtes qu’un homme, vous finissez par confondre l’intimité des corps avec l’intimité tout court : vous vous imaginez qu’elle vous aime un peu mieux que les autres, sans vous attarder sur l’idée qu’il y en a peut-être d’autres, des bavards, qui reviennent chaque semaine. Vous préférez penser qu’ils ne sont que des clients d’un soir.

 

Sandra B. ne vous a pourtant rien demandé, c’est vous-même qui avez pensé un jour à lui offrir ce cadeau soigneusement emballé. Un petit trois-fois-rien qui s’est transformé en bijoux, parfums de luxe et escapades romantiques. Vous plissiez les yeux et dans le flou de votre rétine, le rire de Sandra B., son haussement d’épaules et la façon qu’elle avait d’attacher ses cheveux blonds vous rappelaient Claudia F. en d’autres temps. Au fond, vous n’avez jamais cessé d’en être amoureux et cette histoire n’est en réalité que l’aveu de cet amour frustré. Claudia F. ou Sandra B., aujourd’hui il y a deux femmes de votre vie.

 

C’est arrivé un soir, alors que vous sortiez d’un restaurant au décor feutré et à la gastronomie raffinée. Sandra B. vous accompagnait et vous lui avez proposé de prolonger la soirée par une balade au bord du canal. L’idée paraissait sans risque a priori ; vous vous trouviez très loin de votre gentil pavillon de banlieue. Vous aviez juste oublié le dîner mensuel « entre copines » de Claudia F., qui l’avait menée ce soir-là dans une brasserie parisienne, juste à l’angle du canal où vous aviez décidé de vous promener. Votre femme rentrait seule, se hâtait vers sa voiture en fouillant dans son sac à la recherche de ses clés. Elle aurait pu passer sans même vous apercevoir. Mais finalement non. Claudia F. a stoppé net et soudain, ses yeux d’ambre ont plongé dans le regard vide de Sandra B.. À ce moment-là, vous avez vivement ressenti votre totale transparence, et très vite, vous avez vraiment souhaité demeurer transparent. Mais la scène que vous appréhendiez dans vos pires cauchemars se déroula tout à fait autrement. Claudia F. avait analysé la situation plus vite que vous ne l’auriez imaginé. Avant que vous n’ayez bredouillé vos premières tentatives de mensonges, elle tendait déjà la main, la posait sur le ventre de Sandra B.et le visage de la putain affichait un sourire étrange que vous ne lui connaissiez pas. À la réflexion, vous ne l’aviez jamais vue sourire d’ailleurs, de quelque façon que ce soit. Mais ce soir-là, ses lèvres découvraient des crocs de louve affamée.

Vous n’avez pas eu votre mot à dire. La transparence avait éteint votre voix avant qu’elle vous sorte du gosier. Claudia F. a pris Sandra B. par le bras et l’a guidée vers sa voiture. Vous avez dû abandonner votre propre véhicule, stationné plus loin, pour embarquer avec elles dans la berline de votre épouse. Sur la route comme depuis la rencontre, aucune parole, juste des regards qui détaillaient l’autre dans la lumière fugace des réverbères, et une tension grandissante qui aiguisait vos nerfs. Vous connaissiez le trajet : Claudia F. rentrait à la maison.

À peine arrivée, votre femme se débarrasse de son manteau et de son sac en les laissant par terre, en plein milieu du couloir. Sandra B. l’imite et vous renoncez à ramasser leurs affaires, pour les suivre dans le salon où Claudia se sert un verre de whisky qu’elle avale d’un trait avant de le remplir à nouveau pour l’offrir à Sandra. La putain accepte, vide le verre en renversant la tête en arrière et envoie valser ses escarpins à l’autre bout de la pièce. Claudia ne la quitte pas des yeux. Elle lui attrape la main et l’entraîne à l’étage, vers votre chambre. Seul au milieu du salon, vous hésitez — pas longtemps — avant de les rejoindre. La tension a fini par exploser en excitation brutale. Cette soirée surpasse de loin vos fantasmes et vous commencez à vous déshabiller en gravissant les marches, avant de retrouver les deux femmes de votre vie à demi nues sur votre lit. Vous vous joignez à elles, enfin vous essayez. Mais vous n’étiez pas réellement invité et elles vous laissent là, sur le bord du lit, le sexe dressé. Ce n’est pas votre sexe qu’elles veulent. Ce sont leurs seins, leurs cuisses, leurs fesses, la fente humide et chaude de leur chatte. Elles se lèchent, se mordent, se frottent et s’agrippent pendant que vous vous masturbez clandestinement sur le côté. C’est sûrement ainsi que Claudia veut vous punir. Ou bien Sandra. Vous ne savez plus. Vous sentez juste votre frustration grandissante et l’étau qui étreint votre gorge jusqu’à vous suffoquer. Vous aviez deux femmes dans votre vie, du moins le croyiez-vous avant d’être écrasé sous leur indifférence. Mais vous ne vous laisserez pas faire. Vous laissez la colère enfler, jusqu’à l’orgasme de votre femme. Cet orgasme qui est à vous, qui vous appartient, et qu’elle offre sous vos yeux à la première venue. Alors, vous scrutez le visage de Sandra B., la putain qui n’avait jamais joui. Là, devant vous, elle boit littéralement le plaisir de Claudia, ses gémissements, ses spasmes et la fièvre de ses yeux. Sandra B., tous crocs dehors, n’en finit pas de contempler la jouissance féminine. Elle est excitée comme jamais vous n’avez réussi à l’exciter. Vous vous sentez rejeté, humilié, inconsistant, et votre fureur se libère, explose dans votre gorge en hurlement. À votre tour, vous voulez les punir. Vous cognez sur Sandra, un coup de poing sur la tempe, un deuxième dans les côtes, vous frappez à ne plus pouvoir respirer.

C’est Claudia F. qui vous a interrompu, mais vous n’en avez pas eu conscience. Elle vous a assommé avec la lampe de chevet en albâtre. Lorsque vous vous réveillez, ligoté et bâillonné, vous vous étonnez d’avoir pu bander pendant votre inconscience. Mais le fait est que vous bandez bel et bien, et Sandra vous chevauche sous le regard de Claudia, à genoux à vos côtés, qui se caresse d’une main pendant que l’autre presse le sein de la putain. Vous bandez même comme jamais car vous êtes exactement là ou vous rêviez d’être, pourtant… non, pas comme ça, attaché comme un porc. Mais vous ne pouvez pas empêcher votre queue de se raidir et vous sentez monter à l’intérieur le flot de sperme. Alors seulement, vous percevez le murmure de Claudia qui répète inlassablement « Donne-nous ton sperme, donne-le-nous… » Sa main a lâché le sein de Sandra et est descendue le long de son ventre, entre ses cuisses, tout contre votre pubis et il vous semble sentir le contact de ses doigts sur votre verge qui va et vient à l’intérieur de Sandra. Vous voulez vous retenir, mais la putain se cambre en fermant les yeux, les crocs affleurants entre ses lèvres. Votre sperme jaillit et vous êtes secoué de sanglots violents. Claudia s’est redressée. C’est seulement à cet instant que vous avez aperçu le couteau de cuisine japonais posé sur l’oreiller. Une seconde, un éclair, pas plus, avant qu’elle s’en saisisse et le plonge dans votre ventre. Le sang bouillonnant gicle sur le corps blanc de Sandra. Votre sang. Vous vous répandez sur elle et elle se renverse encore plus, tendue dans un gémissement de tout son être. Réjouissez-vous, vous êtes le premier homme à offrir un orgasme à la putain. Elle jouit, n’en finit plus de jouir, bien après que vous soyez mort à l’intérieur de son vagin. Alors, après un temps infini, elle se détache de votre corps inutile, se laisse tomber sur les draps imbibés, un sourire aux lèvres. « Ce sont les risques du métier », souffle-t-elle dans le creux de votre oreille, déjà déconnectée de toute activité cérébrale. Sandra s’étire, savoure son plaisir et s’abandonne aux mains de Claudia qui la caresse en étalant davantage encore votre sang sur sa peau blanche.

Depuis, votre corps pourrit doucement au fond du canal. Non loin du restaurant où vous avez pris votre dernier repas. Claudia F. a si bien joué son rôle d’épouse abandonnée par un mari à qui elle ne parvenait pas à faire d’enfant, que votre entourage est unanime pour vous trouver indigne et misérable. Personne ne vous regrette vraiment. Sandra B. joue le rôle d’une cousine lointaine que Claudia F. héberge. Elles dorment ensemble dans votre lit. Dans leurs étreintes, elles chuchotent en se rappelant votre sang et votre sperme. Mais ça ne suffit pas. Sandra B. ne jouit plus.

Alors un soir, elle revient avec un autre homme. Un autre vous, en quelque sorte. Vous arrivez de province, à la recherche d’un emploi, avez peu de famille et d’amis, on ne vous recherchera guère. Claudia vous jauge et approuve en silence, avant de vous mener jusqu’à la chambre. Vous n’en revenez pas de votre chance d’avoir croisé Sandra au comptoir du bar de la gare et ne vous attardez pas sur la présence du couteau japonais sur la table de nuit. Sandra vous murmure doucement à l’oreille que vous allez la faire jouir et déjà votre sexe se raidit, avant même qu’elle ne vous touche.

Les mois passent et les hommes aussi. Orgasme après orgasme, le canal se remplit de vos corps vides et dans le ventre de la putain, un enfant grandit, abreuvé de votre sang et de votre sperme. Votre enfant évidemment. À vous tous.

Mais maintenant que Sandra approche de son terme, elle ne ramène plus d’hommes à la maison, c’est Claudia qui a pris la relève. Elle prépare la chambre du bébé et le soir, sort à votre rencontre dans un bar. Elle est peut-être cette femme à qui on a volé son sac et qui vous demande de la raccompagner chez elle, ou celle qui applique soigneusement son rouge à lèvres en vous adressant un clin d’œil dans le miroir du café du coin. C’est si facile. Mère, épouse, putain. Elle est là, dans chacune d’entre nous. Et nous te traquerons sans relâche. Comme à cet instant où je me tiens contre toi. Je glisse ma main jusqu’à ton sexe et me penche pour le prendre dans ma bouche. Tu aimes ça, tu es heureux. Pour le moment.

Et ce soir, tu me feras jouir.

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