Franck Bouysse répond à vos questions

Il y a quelques semaines, j’avais ouvert ce blog aux lecteurs afin de poser quelques questions à Franck Bouysse . Auteur qui me touche à chaque lecture, il joue avec mon coeur, mes émotions et même mon âme ! Il y a peu d’auteurs qui arrivent cet exploit, Franck Bouysse est pour moi l’un des plus grands auteurs et je dis cela avec toute la sincérité qu’il mérite. Il a eu la gentillesse de répondre à vos questions (oui j’en ai oublié les miennes 😉 mais j’aurai l’occasion de le revoir lors d’un salon ). Merci ! 

stelphique : si je fais un peu ma curieuse j’aimerai demander: d’où lui vient cette influence poétique de ces écrits? J’ai été enchantée de son talent d’allier le Noir à la poésie, alors je suis curieuse de connaitre ce choix d’écriture…

Franck : Ce n’est pas vraiment un choix, c’est une forme qui correspond à ma sensibilité, j’imagine. C’est aussi un long chemin de lecture, d’écriture, et beaucoup de travail pour que cette forme colle au mieux à ce que je ressens au moment où je le ressens, que la forme ne galvaude jamais l’émotion. La poésie est, à mon sens, le degré ultime de la littérature, un point de fusion débarrassé de l’histoire, la fulgurance de l’émotion dans son expression la plus pure.

BRAD PAT : Pourquoi avoir choisi un choix éditorial qui font que vos couvertures sont aussi laides ? Pour moi, la couverture d’un livre est un premier contact avec un potentiel lecteur. Selon moi, elles doivent faire rêver…tout en donnant une idée de ce que le lecteur va lire ! Les vôtres ne donnent absolument pas envie de prendre vos romans dans les mains (du moins, pour mon cas & je suis sûr que je ne suis pas le seul…). Est-ce un choix réellement délibéré ? Une volonté de sélectionner un certain lectorat ?

F : Cher Brad, un avis n’est pas une vérité, et il semblerait que nous ne rêvions pas des mêmes choses… Les couvertures collent parfaitement aux romans. Je revendique ces choix qui détonent dans le paysage des librairies. Quant à vouloir sélectionner un certain lectorat, je ne comprends pas la remarque… Quel éditeur serait tenté par un suicide éditorial ? Pour finir, je suis très fier de mon mauvais goût qui a séduit quelques dizaines de milliers de lecteurs, et qui a aussi su passer les frontières (puisque tous les éditeurs ont tenu à conserver les couvertures originales de Grossir le ciel et de Plateau). Vous êtes le premier à trouver ces couvertures laides

Sylvie Guevel :  – Salut Franck, Penses-tu renouveler un jour l’expérience du roman graphique comme avec la série  » H  » ? Ou bien est – ce un genre d’expression que tu préfères laisser de côté ?

F : Non, je n’y reviendrai pas, mais c’était une belle expérience. En revanche, je serai très tenté par une adaptation BD d’un de mes romans…

Allez Franck, une question plus personnelle : demain tu ne peux plus vivre en France; où vas-tu et pourquoi ?

F : Les Etats-Unis : Wyomming, Montana, ou Maine, pour faire l’expérience d’autres grands espaces littéraires.

Je reviens à l’écriture. As-tu déjà eu l’angoisse de la page blanche ? Si oui, comment en es-tu sorti? Si non, tant mieux

F : Pas pour l’instant, même si je noircie beaucoup de pages et que je n’en conserve qu’une partie. Je crois que le romancier porte un certain nombre de livres en lui, que ce sont ceux-là qui sont importants. Certes, il peut en fabriquer d’autres avec des procédés, je ne juge pas, peut-être que j’en ferai autant un jour, parce qu’on ne peut pas arrêter d’écrire une fois qu’on a commencé, sinon, on devient fou.

Tu pourrais te réincarner en acteur de cinéma, tu choisirais qui et pourquoi ?

F : Patrick Mc Nee pour donner la réplique à Diana Rigg.

Aupouvoirdesmots : Et si tu pouvais vivre de tes écrits, tu lâcherais l’enseignement ?

F : C’est une question que je me pose depuis quelque temps. Oui, je pourrais…

Celine T : Franck, tu dois partir précipitamment de chez toi et prendre un seul livre dans ta bibliothèque, lequel ? et deuxième question, tu dois choisir un seul de TES livres pour offrir à une personne que tu ne connais pas , quel choix fais-tu pour que cette personne découvre ton univers ?

F : Je vais tricher un peu : Absalom Absalom ! de William Faulkner, et Méridien de sang de Cormac Mc Carthy. J’offrirai sûrement Grossir le ciel, pour commencer…

41fhepvinml-_sx210_Absalon, Absalon ! est tout d’abord l’histoire de Thomas Sutpen et de sa descendance – l’histoire de son dessein : créer une plantation et y établir une dynastie pérenne, en sorte que ne puisse se reproduire la scène où s’origine ce dessein, lorsque le petit garçon qu’il était fut empêché par un esclave noir de franchir la porte d’entrée de la maison du planteur où son père l’avait envoyé porter un message. Cette porte-miroir lui renvoie, précisément parce qu’elle est barrée, l’image de son impuissance et de sa précarité de pauvre Blanc dans une société où pouvoir, prestige et loisir appartiennent à la classe des planteurs.

41j9h9uxasl-_sx210_Dans les années 1850, un gamin de quatorze ans part au Texas rejoindre une bande de chasseurs payés pour exterminer les Indiens. Au milieu du désert, la loi n’existe plus. À ce jeu de massacre, seuls survivent ceux qui parviennent à éveiller la plus profonde et la plus intime sauvagerie… Avec cet anti-western basé sur des faits réels, l’auteur nous livre l’un de ses plus grands romans: noir, lyrique et violent.

 

agneskarinthi : Bonjour ! A mon tour, alors  Je n’ai lu que Plateau pour ma part, roman que j’ai beaucoup apprécié. Franck Bouysse y dresse un portrait assez négatif du monde rural. A-t-il décrit ce qu’il connait (je me rappelle les échanges à la Librairie l’Esprit Livre il y a un an), au risque de s’aliéner tous ses voisins à qui il a obligeamment offert un roman pour leur prouver qu’il ne dealait pas, ou a-t-il noirci les traits des personnages pour servir l’intrigue ?

F : Pour un romancier, la seule chose intéressante à mes yeux, est de pousser l’humain dans ses retranchements, qu’il vive en ville ou à la campagne n’a pas grande importance. J’écris en m’appuyant sur mon histoire, mon enfance, évidemment, avec tout le recul nécessaire pour que les personnages s’incarnent sur la page, existent. Je ne noirci pas leurs traits consciemment, ils se débrouillent très bien tout seuls.

 

 

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6 comments

  1. Merci pour ta confiance Stef & merci également à Monsieur Bouysse pour sa réponse !
    Certes ma question peut sembler un peu agressive mais elle fut poser sans volonté de nuire ! J’avais juste besoin de savoir !

    Aimé par 1 personne

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