Nicolas LEBEL répond à vos questions

Il y a quelques semaines , j’avais ouvert le blog pour que vous puissiez poser vos questions à l’auteur Nicolas Lebel. Je vous remercie, car vous avez, à vous tous, fait une interview vraiment riche et intéressante encore une fois. Je remercie également Nicolas qui a accepté de se prêter aux questions de ses lecteurs. Je suis ravie de vous permettre de découvrir un peu plus ce personnage attachant, sympathique et passionné. Nicolas est pour moi l’un des auteurs les plus humains, abordables et drôles que je connaisse et je le rencontre toujours avec beaucoup de plaisir.

Sylvie G : salut Nicolas, As-tu l’intention d’abandonner un peu ton inspecteur fétiche ? Donner vie à une autre folle équipe ou crée des histoires « one shot « !?

C’est déjà fait, en fait ! J’ai commencé une première histoire avec une autre équipe de deux flics. J’ai aussi un « one shot » noir en cours. J’ai fini le synopsis d’un roman de « blanche ». Et je prépare un roman jeunesse… Les projets ne manquent pas. Bien sûr, en ce moment, je travaille sur le prochain Mehrlicht. Je pense (mais c’est ce que je dis après avoir terminé chaque nouvel opus) que je laisserai Mehrlicht se reposer un peu après cette cinquième enquête.)

Beaucoup d’auteurs français situent leurs histoires à l’étranger ( USA, Angleterre, Afrique) pourrais-tu y songer, ou tu es pour maintenir tes personnages en France ?

Je fais du polar français et le revendique, que j’assois sur une culture, une littérature et une histoire très riches. Je fais par moments des escapades à l’étranger : j’évoque de l’histoire de Vlad dans Sans Pitié ni remords et de sa jeunesse en Sibérie. Ce trait est davantage prononcé dans le dernier De Cauchemar et de feu puisque l’on assiste à la naissance d’un tueur en Irlande du Nord, que l’on suit de 1966 à nos jours. Ecrire tout un roman qui se passerait à l’étranger ? Pourquoi pas ? Je ne souhaite pas faire du polar à la manière des Américains. Ils le font très bien. Je crois qu’on a un polar franco-français bien vivace qui ne demande qu’à être reconnu à sa valeur, et non pas comme une copie franchouillarde des grands auteurs du noir américain.

Françoise S. : Comment as-tu eu l’idée des sonneries de téléphone Nicolas ? Aurais-tu fait la blague ? À qui ?

Lorsque j’ai eu mon premier téléphone, plutôt que de mettre une musique en sonnerie, j’avais choisi un extrait de dialogue de films trouvé sur Nanarland, qui me faisait mourir de rire (http://www.nanarland.com/ils-ont-dit-2-la-fete-de-la-science.html). C’est l’intervention de ces voix dans mon quotidien qui m’a donné l’idée d’utiliser des citations de films d’Audiard pour la sonnerie de Mehrlicht.

Marjorie B. : De quel livre aurais tu aimé être l’auteur?

Le Da Vinci Code, mais juste pour les droits d’auteur…

Yvan F. : Question pour un champion : as-tu eu l’impression de passer un palier avec ton dernier roman ?

Je pense que mon écriture a évolué avec le temps et le travail. Je me suis un peu détendu, aussi, et suis peut-être un peu moins scolaire. La forme du dernier (cette diachronie passé-présent) m’a permis de poursuivre des expériences entamées dans Sans Pitié ni remords : glisser des passages en alexandrins dans la prose, ou des acrostiches, cacher des tableaux célèbres dans mes descriptions, dynamiter la syntaxe dans des scènes de chaos. Passer un palier ? Peut-être… Je me sens plus libre, en tout cas.

Agnès G. : Bonjour Nicolas. Comment as-tu créé le personnage de Mehrlicht ? Il est tellement atypique. Oph Cohen Cohen : J’ai une question très « flic » pour Nicolas… N’as-tu pas peur de faire trop « cliché » avec Meerlicht parfois? (Et tu sais pourquoi je pose cette question J)

Mehrlicht est un personnage atypique surtout parce que c’est un agrégat de clichés du polar : L’imperméable de colombo, l’argot d’Audiard, la gouaille du Maigret de Gabin, la clope de Bourrel… Mehrlicht est un cliché des années 1960-1970. Il est atypique parce qu’il est totalement décalé aujourd’hui. C’est un petit homme rongé par la Gitane et par le deuil, à la peau jaune, à la voix érayé, un homme fragile et cynique, vieillissant et obsolescent, raide et réac, un fervent défenseur du «c’était mieux avant», un farouche combattant de la technologie sous toutes ses formes, à commencer par « la télé qui rend con », pourfendeur impénitent de la malbouffe, de la société de consommation et de la connerie médiatisée. Il a un petit côté Bacri qui séduit !

Marielle P. : Il y aura-t-il un 5 ème épisode des aventures de Mehrlicht, Dossantos et Latour ? (Si oui quand ????)

Le cinquième épisode est en cours de rédaction. Quant à donner une date… 2018, j’imagine !

Pour De cauchemar et de Feu, comment t’es venue (ou comment vous est venue) l’idée de situer l’action en Irlande du Nord ? Connaissais-tu Sam Millar et ses romans avant ?

Je suis un irlandophile pratiquant. J’ai fait ma maîtrise de langue anglaise sur la mythologie irlandaise et ai par la suite eu l’opportunité de m’installer et de travailler dans la république. L’Irlande a donc toujours été là depuis ma rencontre avec The Pogues en 1986. L’histoire de ce pays est magnifique et tragique. Je ne suis pas le premier à utiliser ce cadre pour y implanter une histoire sombre ! Mais c’est effectivement un projet que je portais de longue date. Quant à Sam Millar que j’ai eu l’occasion de rencontrer à Saint-Maur en poche, je l’ai consulté sur certains points durant la rédaction, notamment concernant l’implication locale des prêtres dans la lutte républicaine. Je le remercie d’ailleurs à la fin du roman.
Comment tes personnages se sont-ils dessinés ? (J’adorerais les Lire en BDs…)

Petit à petit, sur une base grossière, on façonne la glaise ! Ils se sont plutôt imposés par cohérence avec ce que je voulais au départ. Je dois tout de même dire que Dossantos m’a un peu échappé. Je voulais en faire un costaud bas-de-front (national), un con misogyne et raciste. Il s’en sort finalement pas mal. (Je me suis rattrapé ensuite avec Cuvier !)
Quels sont les auteurs actuels qui t’influencent ? Que tu admires ? Ton livre de chevet ?


 Je lis beaucoup de noir évidemment, histoire de voir ce que les autres font, comment ils le font. On sait que j’apprécie Lemaître, Norek, Incardona pour ne citer qu’eux dans le polar français. Il me reste évidemment plein d’auteurs à découvrir. Les auteurs que j’admire sont tous morts, je le crains.

En ce moment, je relis Fictions de Borges. Rien à vois donc…

Pourquoi as-tu choisi le 12ème pour le commissariat ? (J’ai longtemps habité rue Montgallet et je constate que rien ne change…

C’est un arrondissement que je connais bien puisque j’y suis né et que j’y habite toujours. Autant placé ses intrigues dans un lieu qu’on connait bien, d’autant qu’on a fait plus moche que Paris comme décor.
Les dialogues de tes romans sont particulièrement réussis : je les lis à haute voix au reste de la famille : est-ce que cela nécessite beaucoup de travail ? Es-tu cinéphile ? (Je pense aux dialogues d’Audiard)

Moi aussi, j’ai mon gueuloir ! Ce n’est pas facile de réussir une joute verbale ou un échange truculent entre deux amis. Ça demande du rythme, de la rigueur, quelques bonnes trouvailles si l’on veut prêter de l’esprit à ses personnages, mieux encore, si l’on veut embarquer le lecteur dans la scène. Il faut que les répliques fusent. Alors oui, ça demande du travail parce que parfois, ça coince ! Alors il faut refaire…

Je suis plutôt cinéphile sans être un passionné.

Samantha L. : Salut Nicolas, une adaptation ciné ou série télé de tes romans serait génial ! Qui verrais-tu dans les rôles de Mehrlicht, Dos Santos et Latour ? Est-ce en préparation ?

Bacri est un peu grand pour le rôle de Mehrlicht mais ça collerait pas mal ! Je pensais également à Niels Arestrup, comédien exceptionnel. Je n’ai pas d’idée concernant les deux autres qui sont plus jeunes.

Comme souvent il y a eu quelques « touches », mais rien n’est signé pour l’instant.

Geneviève V. :  Nicolas, es-tu prêt, maintenant que tu es connu et reconnu, à revenir à la bibliothèque pour un Apéro Polar géant ?

Plutôt deux fois qu’une, Geneviève ! (Mais tu as oublié « et vénéré » après « connu et reconnu ».)

Mélie : en tant que chef de la #teamNicolas je pense proposer à nos membres émérites d’adopter la couleur de cheveux de notre croque fou préféré.  Pour ma part sans le vouloir c’est déjà le cas, ça unifierait notre team. Qu’en penses-tu ? Bon ok ça fait un peu groupie hystérique et ce n’est pas notre genre 😉  

Totalement d’accord. Et la barbe !

Plus sérieusement, tu t’inspires de tes amis pour tes personnages ? Et de toi ? Je vois du Merhlicht en toi. Pour sa verve bien-sûr. Je vois du Claire Favan en Latour. Pour sa force. Et du Norek en Dossantos pour son côté respect de la loi…

Je dois bien avouer que je ne connaissais ni Claire ni Olivier quand j’écrivais L’Heure des fous. En revanche, je pense que je porte un peu de ces trois personnages. Mehrlicht a peut-être une liberté de ton que je ne m’autorise pas encore totalement, parce que je suis bien plus policé que lui. C’est peut-être ce qui caractérise un peu Latour, ce soin qu’elle accorde aux gens qui l’entourent. Et j’ai ce côté carré, parfois inflexible, de Dossantos, et suis un peu dogmatique… Je m’inspire en revanche de mes proches, amis, collègues pour mes personnages secondaires. C’est parfois juste un physique mais parfois aussi, je prends tout. Le commissaire Matiblout est quelqu’un que j’ai réellement connu ! Je crois que les bons personnages de fiction viennent davantage de l’observation que de l’imagination.

Stef : Tu sais que je t’attends dans un autre registre depuis que j’ai lu ton petit dernier 😉 j’ai vraiment découvert toute l’ampleur de ta plume surtout lorsque tu nous racontais l’Irlande et ses conflits.. Je sais que c’est un sujet qui te passionne également. Mais te projettes-tu dans un roman plus narratif sans enquête rien que la découverte d’une époque, d’un lieu et de personnages riches comme ces gamins irlandais ?

Pourquoi pas ? A l’opposé, certains lecteurs ont trouvé cet opus très/trop historique, avançant que les passages irlandais prenaient trop de place et empiétaient sur l’enquête, déplorant justement que le narratif prenne le pas sur l’action. Bon… Ce qui est chouette, quand on est l’auteur, c’est qu’on est le seul maître à bord. On est responsable de ce que l’on écrit, pas de la manière dont c’est perçu/compris/interprété. Je vais écrire d’autres choses, peut-être pas de roman historique, mais d’autres histoires. C’est en cours…

 

Merci à tous pour cette interview en patchwork ! Merci à Stef de l’avoir initiée ! Bises à tous.

 

13 commentaires

  1. Euh ok pour la barbe ça va quand même être très compliqué vu que nous sommes une team de Femmes (bizarre, bizarre, vous avez dit bizarre ? 😛 ). Quel plaisir de lire les réponses de Nicolas et de voir les questions très intéressantes des copains/copines. Merci pour cette opportunité ma nounou ❤

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