René MANZOR répond à vos questions !

Il y a quelques jours, j’avais ouvert ce blog afin que vous déposiez vos questions à l’auteur René Manzor. Auteur et réalisateur, René Manzor est un homme passionné et passionnant. Pour avoir eu la chance de le rencontrer à différentes occasions, je peux vous garantir qu’il est avenant et abordable, en plus d’être talentueux. Je remercie tous les participants de cette interview et bien entendu l’auteur pour sa disponibilité, bienveillance et la documentation de celle-ci 🙂

Arnaud : Quelles sont vos références littéraires et cinématographiques ?

RM : Mes références sont très variées. Pour la littérature, je peux citer : Hugo, Pat Conroy, Theodore Sturgeon, , Dumas, William Irish, Barjavel, J.M. Barrie, Daphné du Maurier, Jules Vernes, Pierre Boulle… Pour le cinéma : Verneuil, Hitchcock, Duvivier, Fritz Lang, David Lean, Welles, Méliès, De Palma, Ettore Scola, Spielberg, Leone, Alan Parker…

Arnaud : Comment vous est venue l’idée d’écrire une fiction sur l’enfant de Jésus ? Céline V. : Écrire Apocryphe est un pari un peu osé avec le contexte actuel, qu’est-ce qui vous a donné envie de l’écrire ?

RM : C’est parti d’une question très simple : quelle vérité se cache derrière nos croyances ? Ayant été élevé dans la religion catholique, je me suis déjà questionné sur les miennes. J’ai commencé mon enquête par la lecture des évangiles dans le but d’y trouver des indices. Par exemple en ce qui concerne le métier de Jésus ? Etait-il charpentier comme son père ?  Eh bien non. Dans les évangiles, ses disciples l’appellent « Rabbi ». Il était donc un rabbin. J’ai voulu savoir quelles étaient les conditions pour être rabbin au 1er siècle ? Et en faisant des recherches, j’ai découvert que, d’après la loi juive (La Mishnah. Kiddushim 4, 13) « Un homme non marié ne peut prétendre enseigner ». Or, il est clairement dit, dans l’évangile de Marc, que Jésus enseignait à la synagogue. Il était donc marié. Cela ne m’a pas choqué plus que ça, les premiers prêtres étaient mariés, les rabbins le sont et les pasteurs aussi. Mais je me suis alors posé la question de l’efficacité de la contraception au 1er siècle ? Était-elle au top ? Bien sûr que non. À moins d’être stérile ou homosexuel, Jésus avait donc eu une descendance !! Quelle formidable histoire à raconter ? Le destin de cet enfant ? Fils du « roi des Juifs » pour les Romains ? Fils du « prétendu messie » pour les Juifs ? Les deux peuples ennemis avaient un intérêt commun : l’éliminer. Et moi, j’avais mon thriller.

Louise du blog leslecturesdelouiseweb : Je vous ai découvert René lors d’une conférence au salon de Pépita Sonatine et j’ai été charmée par votre simplicité.
Petite question : comment trouvez-vous l’inspiration, comment savez-vous qu’une idée sera davantage pour votre futur bouquin ou un futur téléfilm ?!

RM : Mon imagination ne travaille pas de la même façon sur les romans et sur les films. En ce qui concerne les romans, les sujets s’imposent à moi. Ce sont souvent des questions sans réponse qui déclenchent l’écriture. Pour « LES ÂMES RIVALES », c’était : Nos sentiments nous survivent-ils ? Pour « CELUI DONT LE NOM N’EST PLUS » c’était : Le deuil est-il une convalescence dont on se remet ? Pour « DANS LES BRUMES DU MAL » c’était : Le Mal que l’on nous fait enfant est-il tatoué plus durablement que le Bien ?Pour « APOCRYPHE », il y en avait deux : Quelle vérité se cache derrière nos croyances ? et Peut-on se racheter quoi que l’on ait fait ?

En ce qui concerne les téléfilms ou les séries, ce sont souvent des « commandes » qui me sont faites. J’y mets souvent plus de « savoir-faire » que de « savoir-dire ». Je n’écris généralement que la dernière version du scénario pour approfondir les personnages, rendre certaines situations et dialogues plus émouvants afin que les comédiens aient plus de choses à jouer. Et, dans la plupart des cas, je ne signe pas ce travail. À moins bien sûr que mon intervention soit plus importante ou que je sois à l’origine du projet, ce qui m’est arrivé par exemple pour le téléfilm d’anticipation « Blackout » que j’ai co-écrit et réalisé avec Florent Pagny et Christiana Réali.

Sylvie G. :Ravie de pouvoir poser quelques questions a René même si je vais le voir très  prochainement.
Une qui concerne ses films: y aura-t-il prochainement une sortie retravaillée comme celle de « 3615 CODE PÈRE NOËL » pour « LE PASSAGE » ou « DÉDALES » avec des super bonus ?

RM : Avec LE CHAT QUI FUME, l’éditeur du Blu-ray/DVD collector de « 3615 CODE PERE NOEL », nous avons d’autres projets de remastérisation de mes long-métrages avec peut-être une sortie en fin d’année pour l’un d’eux, mais il est encore trop tôt pour en parler. La restauration de « 3615 CODE PERE NOEL » a été un vrai succès. Il reste une centaine d’exemplaires de la version collector avec ses 3 heures de bonus. À Noel dernier, le film est ressorti aux Etats-Unis dans 40 salles en français sous-titré, ce qui est extrêmement rare là-bas. Le distributeur avait choisi de le programmer face à son plagiat « HOME ALONE » (Maman j’ai raté l’avion ») et il a cassé la baraque. À tel point que les Américains vont le ressortir tous les ans comme un « Christmas classic ». Dans l’enthousiasme, le distributeur m’a dit : « We gonna change Christmas for ever! » (On va définitivement changer l’idée que les gens se font de Noël).

Sylvie G : Autre question pour le livre apocryphe : le doute t’est-il toujours permis après tout ce que tu as lu pour écrire ce livre ? Je l’ai Lu et déjà avant je ne doutais pas, mais là encore moins. Je parle évidemment de ce que certains veulent nous faire croire depuis 2000 ans.

RM : Pour moi, la foi n’est pas basée sur des certitudes. Elle se nourrit du doute. Quand on dit « je crois » c’est bien qu’on n’est pas sûr. L’erreur majeure des églises de tous bords c’est de prétendre avoir la vérité. Parce que personne ne la détient. C’est la recherche de la vérité qui est intéressante, le voyage vers elle. Exactement comme pour la vie. C’est l’existence qui est passionnante, pas la destination. En ce qui me concerne, je crois en plein de choses. Et je crois parce que je ne suis sûr de rien.

Mylene :Bonjour,
Je n’ai pas eu le plaisir de lire un des romans de René Manzor, donc ma question toute simple, d’après lui par lequel dois-je commencer ? Quel est le livre le plus important pour lui?

RM : La porte d’entrée des lectrices(teurs) a souvent été « CELUI DONT LE NOM N’EST PLUS ». C’est le plus connu de mes romans sans doute parce qu’il a obtenu le grand prix à Cognac en 2014. Les gens qui l’ont aimé ont lu ensuite « DANS LES BRUMES DU MAL » car ils y ont retrouvé son héroïne, DAHLIA RHYMES dans une autre enquête. Mes deux autres romans « LES ÂMES RIVALES » et « APOCRYPHE » sont des one shot.

Mon roman préféré est mon premier : « LES ÂMES RIVALES ». Mais il faut accepter que, dans un thriller, il n’y ait pas d’enquête policière, juste du suspense insoutenable, une histoire d’amour qui remonte à la nuit des temps et que l’un des personnages (le méchant) ne soit pas incarné.

Aude du blog Aude Bouquine :Pourquoi n’adaptez-vous pas vos propres romans au cinéma ?

RM : Les romans se suffisent à eux-mêmes. Quand j’écris, je filme avec des mots. Ce sont les lecteurs qui font le casting. Cette collaboration qu’offre la littérature est unique. Aucun autre art ne la propose. Quand je réalise un film, mes images sont les mêmes pour tous mes spectateurs. Quand j’écris, je provoque autant de films qu’il y a de lecteurs. Pourquoi leur imposer ma lecture quand la leur est aussi valable ? Quand on raconte une histoire avec des mots, on ne s’adresse plus à des spectateurs, mais à des spect’acteurs !

Antoine : Quel Roman auriez-vous aimé écrire ? Même question pour la réalisation d’un film (ou série)

RM : J’aurais aimé écrire « LE PRINCE DES MARAIS », ce qui aurait voulu dire avoir le talent de Pat Conroy. Mais il n’y a qu’un Pat Conroy. En ce qui concerne un film, j’aurais aimé réaliser « DUEL ». La nouvelle de Richard Matheson offre la puissance du cinéma muet a un réalisateur. Et quand on a le talent de Steven Spielberg, même avec les moyens d’un téléfilm, on frappe fort. Il avait 25 ans et déjà cette vista narrative inégalée, héritée des grands maîtres que sont Hitchcock et Lean.

Florence : Pouvez-vous nous dire votre plus beau et plus mauvais souvenir cinématographique ?

RM : Le plus beau souvenir cinématographique c’est de diriger Alain Delon dans LE PASSAGE quand on a 25 ans. Donner chair avec lui à mon personnage de papier. 

Mon plus mauvais souvenir mais aussi mon plus drôle se passe sur le tournage d’un épisode du JEUNE INDIANA JONES. Je m’étais mis dans la tête de faire servir, par deux chimpanzés en smoking, les clients d’un bar huppé comme cela se passait dans le Paris des années folles. Le dresseur les avait entraînés pendant toute la préparation du film. Et, au moment de tourner la scène dans l’opéra de Prague, il y avait 150 figurants avec des habits d’époques, des dames en toilettes, etc… Le dresseur a placé les chimpanzés en smoking sur les tables avec leurs bouteilles de champagne et, avant que je puisse dire « moteur », ils ont arraché les nappes, déchiré leurs habits et ont chié partout sur le décor. C’était incroyable !! On a mis deux heures à tout nettoyer et on a dû tourner sans eux.

Céline V. : Quel livre (ou genre) de livre ne voudriez-vous jamais écrire et pourquoi ?

RM : Un livre de recettes de cuisine parce que faire à manger m’angoisse, ou un mode d’emploi parce que je ne les lis jamais.

Dav Danakin : Où en es-tu de l’adaptation de seul le silence de RJ Ellory ?

RM : Le traitement qui définit ce que sera la mini-série de 6 épisodes est écrit. Avec Roger Ellory nous cherchons un producteur et un diffuseur.

Carole E.: Bonjour cher René, j’ai été fascinée par l’ambiance de votre roman Apocryphe, et au fil des pages , je me disais que l’histoire ferait vraiment un magnifique scénario….pour une version cinématographique. Avez-vous envisagé d’adapter Apocryphe pour le cinéma ? Sylvie G. : Si on te propose de réaliser Le film d’Apocryphe aux USA , tu fonces ? Parce que vraiment, il serait grandiose !

RM : En écrivant « APOCRYPHE », je l’ai déjà mis en scène avec des mots. En confier la mise en scène à un réalisateur de talent serait fantastique. Mais, je le verrais plus comme une mini-série que comme un film car l’histoire est dense et perdrait beaucoup dans sa réduction à 2h. Reste à trouver qui aurait les couilles de produire cette histoire… Les paris sont ouverts.

Ma passion, les livres : Je voudrais juste savoir quand je pourrai de nouveau me plonger avec délice dans un nouveau roman de René Manzor !


RM : C’est gentil. Je travaille actuellement à un cinquième roman, mais je suis constamment interrompu par le réalisateur qui veut que je lui écrive des synopsis et des traitements de scenarii originaux pour la télévision. Jusqu’à présent j’ai réussi à sortir un livre tous les 2 ans, ce qui veut dire que le prochain devrait sortir en octobre 2020.

Une dernière question de ma part : Comment construisez-vous vos romans ? Un projet comme Apocryphe, combien de temps (en recherche) vous a-t-il fallu  avant de tout poser sur le papier ?

RM : « APOCRYPHE » m’a demandé six mois de recherche. Mais, pour un récit de ce genre, la recherche doit se poursuivre durant l’écriture proprement dite car on tombe toujours sur quelque chose qu’on ne connaît pas. Et je tenais absolument à ce que le roman soit « crédible » et « probable » à défaut d’être « vrai ». Comme le sujet était potentiellement subversif, il devait être irréprochable. Je voulais que les lectrices et lecteurs puissent être catapultés dans un vrai 1er siècle comme l’auraient été des voyageurs du temps. Pour cela, il fallait que j’en rapporte un témoignage sensoriel, organique. Je ne devais pas être historien mais témoin oculaire des événements. Il fallait que je me projette là-bas, dans ce passé épique et violent.

Merci à toutes et à tous pour vos questions et pour avoir osé m’accompagner dans ce voyage dans le temps qu’est « APOCRYPHE ». C’était peut-être gonflé de l’écrire mais tout autant de se jeter dans sa lecture sans préjugés. Car certaines lectrices(teurs) s’en sont détournés en croyant que  « c’était un truc religieux ».

Pourtant, APOCRYPHE, c’est tout sauf le catéchisme 🙂 C’est un thriller qui se déroule dans un passé violent et plein d’émotion. C’est aussi un péplum noir, si l’on veut, un récit d’aventure. Un journaliste l’a qualifié de « GAME OF THRONES BIBLIQUE ». C’est une belle façon de le définir, en tout cas très flatteuse. Merci pour votre confiance et pour votre passion contagieuse pour ce roman. J’espère que mes réponses vous satisferont. Âmitié.

René

7 commentaires

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s