Ian Manook-Roy Braverman répond à vos questions !

Il y a quelque temps j’ai ouvert le blog afin que vous déposiez vos questions à l’auteur Ian Manook que l’on connait aussi sous le pseudo de Roy Braverman . Une fois encore par vos questions et les réponses apportées, nous nous retrouvons avec une interview des plus passionnantes. Merci pour votre participation et un énorme Merci à l’auteur pour sa disponibilité, réactivité et sa passion qui imprègne chaque réponse.

Sylvie : Ian a écrit une trilogie en Mongolie, Roy écrit une trilogie aux USA, est-ce que Patrick envisage d’écrire une trilogie qui se déroulerait en France ?

Non. Patrick Manoukian est mon nom, pas un pseudo. J’ai signé de ce nom mon premier livre, un essai sur les voyages dans la collection Petite philosophie du voyage chez Transboréal, sous le titre « Le temps du voyage, petite causerie sur la nonchalance et les vertus de l’étape ». C’est un livre très personnel qui explique comment je voyage, et qui contient d’ailleurs quelques explications sur ma première rencontre avec un nomade qui s’appelait Yeruldelgger. Il raconte aussi le voyage en Islande de 1973 qui sert de trame dramatique à Heimaey, le premier volume de ma trilogie islandaise. Et, même si ce n’est vraiment pas à ma gloire, il raconte également comme je n’ai pas assisté au festival de Woodstock. Mais oui, j’ai en tête une trilogie qui se déroulerait en France. Mais sous un autre pseudo. Un jour. Qui sait ?

Il y a eu Mato Grosso en solo, y’aura un autre roman solo ? Peut-être justement après cette trilogie américaine ?

Mato Grosso a été pour moi une parenthèse enchantée. C’est celui de mes romans que je préfère parce qu’il est pratiquement autobiographique. Alors que j’ai écrit tous mes livres et mes romans publiés, à partir de 2011, Mato Grosso est le seul que j’avais déjà écrit sous une première forme dès 1977, c’est-à-dire dès mon retour du Brésil après un long voyage de 27 mois en routard. Bien entendu, je trimballe avec moi une dizaine de débuts de manuscrits qui pourraient faire de bons romans solos. Il faut juste que je trouve le temps. J’ai tant de projets pour si peu de temps que je dois faire des choix.

Tu situes tes romans d’après tes expériences de voyages dans ces pays. Aurais-tu envisagé d’écrire une histoire qui se passerait dans un pays que tu ne connais pas ?

C’est le cas pour un des livres que j’écris en ce moment. La première partie se déroule au Moyen-Orient où je ne suis jamais allé. C’est une expérience nouvelle pour moi. C’est le cas également pour un éventuel roman solo dont une petite partie se passerait au Congo que je ne connais pas. À défaut de souvenirs de voyage, plutôt que de me documenter « scientifiquement » sur ces pays, je rencontre des voyageurs qui les connaissent bien et je lis des romans dont ils sont le décor.

Céline V. : Pourquoi écrire sous un pseudonyme ?

L’histoire commence à être connue. J’écris depuis l’âge de 15 ans, mais je n’ai jamais rien terminé pendant cinquante ans. Parce que je voyageais, parce que j’étais un peu paresseux, parce que je suis bordélique, et surtout parce que j’ai créé deux entreprises que j’ai gérées pendant trente ans. Comme de plus je n’écris pas au calme chez moi, je rapportais chaque soir ce que j’avais écrit dans la journée. Trois pages d’un roman d’amour, deux pages d’un roman d’espionnage, quatre pages d’un roman de société… quand notre plus jeune fille a eu l’âge de le faire, je lui ai fait lire ce que j’écrivais. Puis, au bout de quatre ans, à 19 ans, elle décide de partir s’installer à Buenos Aires en Argentine, et je lui demande si elle veut que je continue à lui envoyer mes écrits en PDF. Elle pique alors une grosse colère, disant qu’elle ne connaît la fin d’aucune histoire, le destin d’aucun personnage, et me déclare qu’elle ne lira plus rien de moi tant que je n’aurai pas terminé et publié quelque chose. Alors, comme un père peut le faire avec sa fille, je relève le défi et le complique même un peu. Je lui réponds que puisque c’est comme ça, je vais écrire deux livres par an, dans un genre différent à chaque fois, et sous un pseudo différent aussi. Et j’établis une liste : Essai, roman jeunesse, roman littéraire, thriller, saga historique et roman de société. Et il se trouve que ça fonctionne. En 2012 je publie Le temps du voyage (essai) déjà réédité trois fois sous le nom de Patrick Manoukian, et Les Bertignac, sous le nom de Paul Eyghar, élu meilleur roman jeunesse 2 012. Puis en 2013 je publie Yeruldelgger (thriller) sous le nom de Ian Manook et je termine Un roman brésilien (roman littéraire) qui deviendra le livre dans le livre au cœur de Mato Grosso, sous le nom de Jacques Haret. Après, je garde le pseudo de Ian Manook pour tout ce qui est publié par Albin Michel, mais quand je publie la trilogie américaine chez Hugo, je prends le nouveau pseudo de Roy Braverman. Voilà l’histoire.

Quel livre auriez-vous aimé avoir écrit ?

La remarquable trilogie américaine de Roy Braverman, répond Ian Manook, et Roy Braverman dit sans hésitation Mato Grosso, de Ian Manook. Sinon, bien évidemment Cent ans de solitude de Gabriel Garcia Marquez, ou La boutique aux miracles de Jorge Amado

Dav Danakin : bonjour Patrick, est-ce-que l’écriture d’un scénario pour la tv te fait envie !

Tout ce que racontent mes copains scénaristes me décourage de le faire. Bien sûr, c’est beaucoup plus lucratif que les droits d’auteur, mais c’est tellement soumis au marketing, au politiquement correct, et à la frilosité des chaînes. Je suis un vieux solitaire. J’écris pour mes lecteurs, pas pour un public cible que le département marketing d’une chaîne détermine pour moi à l’avance. Et de toute façon, j’en ai déjà écrit des scénarios : Hunter est un scénario. Le découpage en a été conçu comme un montage.

Arnaud : Bonjour,
Dans Crow, vous avez priorisé des personnages féminins dans des postes masculins et un univers assez fermé. Pourquoi ce choix ?

J’ai toujours tenu à développer des personnages féminins forts. Oyun et Solongo dans Yeruldelgger par exemple. Les cavalières guerrières de la Mort nomade aussi. La densité d’un personnage masculin dépend grandement de la densité du personnage féminin qu’il a en face de lui. S’ils sont forts tous les deux, aucun ne peut être le faire valoir de l’autre. Dans Yeruldelgger, je fais disparaître mon héros masculin pendant cent pages. Dans Les Temps sauvages, il perd pied et c’est Oyun qui devient le personnage principal. Dans Crow, c’est encore un peu plus que ça. Ça relève de ce que j’aime bien faire dans mes romans : me donner des petites contraintes d’écriture. Un des principes de base de Crow était d’essayer de construire des personnages de femmes dans des rôles généralement attribués à des hommes (shérif, assistant, trappeur) et inversement. Ainsi la belle légiste que tout le monde reluque devient un beau légiste gay.

Mylène : Quelles sont vos références littéraires ?

Il y a d’abord les « petits » livres, comme de petites gourmandises. Salinger, Buzzati, Steinbeck, Malaparte, Kafka, Maupassant. Puis il y a les « gros » livres à déguster lentement comme James A Michener, Athur Hayley, Dee Brown,Jorge Amado, Gabriel Garcia Marquez. Et les thrillers, essentiellement Frederick Forsyth, John Lecarré et Robert Ludlum. Et Stefan Zweig, pour l’élégance de son écriture, à qui je rends hommage dans Mato Grosso.

Alexandre F : J’aimerais savoir comment vous choisissez vos sujets de vos romans ? Quel élément ou événement est déclencheur dans vos choix ?

C’est d’abord le pays sur lequel j’ai envie d’écrire. Puis c’est une scène que j’ai en tête depuis très longtemps quelques fois. La scène d’ouverture des trois tomes de la trilogie mongole par exemple. La petite pédale de tricycle qui dépasse de la steppe , je la trimballe dans ma tête depuis plus de trente ans. Je l’ai imaginée dépassant d’un désert de sable du Sahel, d’une banquise, d’un marécage, d’une lande écossaise. J’avais envie d’écrire une telle scène et c’est la rencontre entre cette envie et le souvenir de la steppe mongole qui déclenche l’écriture. Même chose pour l’empilement de cadavres de la scène d’ouverture des Temps Sauvages. Idem pour la mort nomade. Mettre mon héros dans la position de déféquer derrière un rocher pendant que s’avance vers lui tranquillement une cavalière inconnue, j’ai imaginé cette scène dans un western, dans un roman de guerre, et là encore, l’alchimie s’est faite entre la steppe et cette idée et ça a déclenché l’écriture du roman.

Yvan S. : aimeriez-vous qu’un de vos livres soit adapté au cinéma ou à la télé ? Et lequel ?

Il faut presque une dizaine d’années pour faire aboutir un vrai projet audiovisuel à l’écran, si on ne veut pas que ce soit juste une télé-série parmi d’autres. J’ai 70 ans aujourd’hui, je me fous de savoir ce qui aboutira quand j’en aurai 80. Bien sûr, c’est toujours flatteur de voir son roman adapté au cinéma, mais ce n’est vraiment pas une priorité. Ça aurait pu l’être si j’avais trente ans de moins et que je construisais une carrière ou une œuvre. Mais à mon âge, ce n’est pas le cas. Ceci dit une productrice a pris une option pour proposer une série de huit épisodes, basée sur la trilogie mongole. Mais dans la grande tradition de l’audiovisuel, ce n’est pas à moi que revient de travailler au scénario.

Amélie M. :Quel est le titre de votre livre de chevet et pourquoi celui-ci ?

Tous les livres qui me passent entre les mains et dont je lis les trente premières pages avant de faire deux piles. Ceux que lirait un jour, et ceux que je ne lirai pas. Par contre je relis régulièrement l’Arrangement d’Elia Kazan avec cette particularité qu’ayant toujours eu une mémoire terriblement défaillante, je le redécouvre à chaque fois comme une première lecture. Un vrai régal sans cesse renouvelé.

Si vous deviez arrêter d’écrire, par quoi vous remplaceriez ce manque ?

Un peu plus de voyages, d’amis, de rencontres, de famille, de bon vin, d’enfants, de petits enfants, de bons vinyles, de plats gourmands d’ici et d’ailleurs, de terrasses de café, de spectacles de rue. Et beaucoup plus de lecture

Maxence G : Si vous deviez définir votre style d’écriture, quels mots utiliseriez-vous ?

Je dirais « curieuse », parce qu’en fait je ne pense pas avoir de style propre. Dans la trilogie américaine sous le pseudo de Roy Braverman par exemple, non seulement j’ai choisi trois lieux des États-Unis que je connais bien, mais aussi trois styles d’écriture « à l’américaine » qui correspondent aux différentes histoires. Hunter, c’est du « hard boiled » à la Stephen Hunter, de la bonne série « B » avec tous les codes : le vieux motel, le vieux bowling, le shérif pas clair, le bled consanguin… et j’adopte le style vif, rythmé, nerveux qui va avec. Puis quand je passe à Crow, avec cette chasse à l’homme en Alaska, alors j’essaye d’adopter un style plus « nature writing », insistant sur la description des paysages qui influent sur le comportement des personnages. À la Jim Harrisson, Craig Johnson, Keith McCafferty. Mon style est plus ample, le phrasé plus souple. Et pour le troisième tome de la trilogie, Freeman, que j’écris en ce moment, et même si c’est extrêmement prétentieux, je vais essayer de me rapprocher d’un style à la James Lee Burke. Un vocabulaire plus riche en couleurs, en senteurs et en saveurs. Des phrases enrichies d’adjectifs, des images plus recherchées. Une écriture plus foisonnante, qui traduis à la fois la moiteur des bayous et les nuits chaudes et violentes de la Nouvelle Orléans

Pourriez-vous nous expliquer votre méthodologie d’écriture (Plan général, façon plan séquence comme pour le cinéma, une idée de départ et de fin et entre mouvant…) ?

Je pars du souvenir d’un pays et d’une scène précise que j’ai envie de décrire et que je transpose dans ce pays. Ensuite, j’ai trois principes : aucun plan, pas de documentation préalable et aucun retour en arrière. Je déroule donc toute mon histoire comme elle surgit à mesure de mon écriture et je mets des mots en rouge dans mon texte qui peuvent signifier trois choses :

1- je ne suis pas satisfait d’un mot ou d’une tournure et il faudra que je trouve mieux à la première relecture.

2- je ne suis pas très sûr de ma mémoire et il faudra que je vérifie l’orthographe d’un nom, une date, une recette, ou n’importe quelle information que j’aurais restituée de mémoire

3- comme j’écris sans aucun plan, il m’arrive de digresser et si je l’ai fait, c’est que ce que j’écrivais me plaisait. Au lieu de jeter cette digression à la poubelle ou de la mettre de côté pour un prochain roman, je préfère tordre l’histoire pour l’intégrer au roman. Mais comme elle peut apparaître assez tard et que si sa logique est claire pour moi, elle peut ne pas l’être pour le lecteur, le rouge indique qu’il faudra revenir quelques dizaines ou centaines de pages en amont pour planter quelques jalons qui aideront à mieux comprendre.

Et dernier principe, je ne me préoccupe d’imaginer une fin que quand j’attaque les cinquante dernières pages.

Sur quel livre travaillez-vous maintenant ?

Je travaille sur Freeman, le troisième volume de la trilogie américaine de Roy Braverman chez Hugo thriller. Comme je l’ai expliqué plus haut, l’action se déroule en Louisiane. Il me reste quatre cents pages à écrire et j’ai prévu de le rendre en septembre pour une parution en mars 2020
L’autre livre est tout à fait différent et ce n’est plus du thriller. Il s’agit d’une saga historique et familiale sur la diaspora arménienne. L’histoire d’une famille issue d’une petite fille rescapée du génocide des Arméniens par les Turcs en 1915 et qui se développe sur trois continents et sur quatre générations jusqu’en 2015. J’en ai déjà écrit 260 pages, et il m’en reste 600 que j’ai prévu de rendre en décembre pour une parution en octobre 2020 chez Albin Michel. Mais étant donné l’ampleur de ce que j’ai à décrire, il n’est pas impossible qu’un deuxième tome soit nécessaire.
Et sans les écrire encore, j’emmagasine des idées pour deux autres séries.

Est-il plus facile de continuer avec le même personnage sur plusieurs livres ou d’inventer à chaque fois de nouveaux personnages ?

C’est une question que je ne me pose pas, parce que je construis tous mes personnages aussi solidement que s’ils étaient des personnages principaux. En fait, il n’y a pas de problème au niveau de l’auteur. La difficulté est au niveau de l’éditeur pour qui les personnages récurrents sont une garantie de rentabilité quand le premier titre avec ces personnages s’est bien vendu. L’autre difficulté est au niveau des lecteurs qui s’attachent à des personnages qu’ils aiment retrouver, mais dont on peut craindre qu’ils se lasseront un jour. C’est pourquoi j’aime travailler sur des séries courtes et définitives comme les trilogies. Et j’aimerais que les lecteurs aiment autant les auteurs que leurs livres. C’est-à-dire qu’ils suivent l’auteur dans ses chemins de traverse, dans ses expériences d’écriture, même dans ses errements, pourquoi pas. La moitié des lecteurs de Yeruldelgger ne m‘ont pas suivi avec Mato Grosso qui est mon roman préféré. Ce qui est curieux, c’est que s’ils ne l’ont pas acheté, c’est qu’ils ne l’ont pas lu. Le mystère est alors de savoir pour quelle raison ils n’ont pas eu envie de le lire alors que les trois polars mongols les avaient enthousiasmés. Les lecteurs devraient faire plus confiance aux auteurs. Un livre qui ne leur plaît pas n’est pas un mauvais livre. C’est toujours une création de l’auteur qu’ils ont aimé. On a dénaturé le rapport à l’auteur. L’auteur n’est pas là pour fabriquer des variantes du même livre pour le confort du lecteur. L’auteur est un défricheur. Il ouvre des chemins nouveaux aux lecteurs, pour l’emmener hors de sa zone de confort, lui faire découvrir d’autres écritures, d’autres émotions, d’autres sensations. Il faut aimer les auteurs, et les laisser vous emmener là où ils vont. Les voyages ne sont pas faits que de confort et de chemins faciles, et encore moins de routes balisées.

Ma question : Vous projetez-vous dans une prochaine trilogie ? Et si oui, vers quelles contrées lointaines pensez-vous nous embarquer.

Si je ne parviens pas à contrôler ma production, il est possible que ma saga arménienne devienne une trilogie. Auquel cas elle vous promènera sur tous les continents. Sinon, comme je l’ai dit, j’ai un projet africain, mais en roman solo, ainsi qu’un projet en Patagonie et un autre en Écosse.

Merci à ceux qui ont participé.

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