Le Bal des folles – Victoria Mas

Le bal des Folles ou la condition féminine aux prémices de la neurologie sous l’éminence Charcot.

Il était un temps où les maitresses étaient gênantes, où les filles enceintes ou ayant une ouverture d’esprit l’étaient tout autant, où une jeune fille violée et frappée ne pouvait rester dans sa famille, où une indigente faisait tache dans la rue…Pas de panique, la Salpêtrière est là ! Il y a de la place avec les vrais malades.

Pour la petite histoire, si vous vous promenez aujourd’hui à la Pitié Salpêtrière, vous tomberez sur un bâtiment qui se nomme bâtiment des folles. Seul rescapé des trois existants. Vu la description dans le roman, nos personnages ne sont pas hospitalisés dans ces locaux, mais il faut savoir que vous pouvez voir de l’extérieur ce lieu aujourd’hui classé.

Victoria Mas met en lumière la fin du 19ème siècle pris entre les avancés extraordinaires de la médecine et les esprits étriqués. Un monde d’homme en opposition aux femmes internées. Un monde de voyeurisme. Un monde aristocrate contre le peuple.

On ne peut retirer au Professeur Charcot ces avancées dans la médecine moderne, mais à quel prix ! Pourquoi de telles mises en scène afin de provoquer des crises d’hystérie, pourquoi inciter les patientes en les plaçant telles des stars. Pourquoi ce bal annuel ?

Messieurs, bonjour. Merci d’être présents. Le cours qui va suivre est une démonstration d’hypnose sur une patiente atteinte d’hystérie sévère. Elle a seize ans. Depuis qu’elle est à la Salpêtrière, en trois ans nous avons recensé chez elle plus de deux cents attaques d’hystérie. La mise sous hypnose va nous permettre de recréer ces crises et d’en étudier les symptômes. À leur tour, ces symptômes nous en apprendront plus sur le processus physiologique de l’hystérie. C’est grâce à des patientes comme Louise que la médecine et la science peuvent avancer.
Geneviève esquisse un sourire. Chaque fois qu’elle le regarde s’adresser à ces spectateurs avides de la démonstration à venir, elle songe aux débuts de l’homme dans le service. Elle l’a vu étudier, noter, soigner, chercher, découvrir ce qu’aucun n’avait découvert avant lui, penser comme aucun n’avait pensé jusqu’ici. À lui seul, Charcot incarne la médecine dans toute son intégrité, toute sa vérité, toute son utilité. Pourquoi idolâtrer des dieux, lorsque des hommes comme Charcot existent ? Non, ce n’est pas exact : aucun homme comme Charcot n’existe. Elle se sent fière, oui, fière et privilégiée de contribuer depuis près de vingt ans au travail et aux avancées du neurologue le plus célèbre de Paris.
Babinski introduit Louise sur scène. Submergée par le trac dix minutes plus tôt, l’adolescente a changé de posture : c’est désormais les épaules en arrière, la poitrine gonflée et le menton relevé qu’elle s’avance vers un public qui n’attendait qu’elle. Elle n’a plus peur: c’est son moment de gloire et de reconnaissance. Pour elle, et pour le maître.

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Ce tableau montre Charcot en train de reproduire artificiellement chez sa patiente, Blanche Wittman, les symptômes associés au quatrième stade de la crise d’hystérie, sous hypnose

On dit qu’on vit dans une drôle d’époque, que de nos jours la condition féminine est un combat, qu’avant on vivait mieux. Au regard de ce roman, je pense que l’on peut appliquer ces paroles à toutes les générations.

Je vais peut-être aborder l’histoire de ce roman maintenant que j’ai déversé tout mon ressenti sur l’époque. On va se retrouver au cœur de ces femmes, Eugénie, Louise et Geneviève. Jeunes ou vieilles, pauvre ou riche, elles vivent ensemble. S’entraident telle une famille qu’elle n’ont plus, qu’elles soient saines d’esprit ou non. Chacune avec une histoire différente.

Un roman très agréable à livre qui aborde un univers riche et très intéressant. Il aurait pu, pour le coup, et c’est bien rare que je dise cela, avoir une petite centaine de pages de plus afin d’approfondir cette histoire. Malgré tout l’auteur a réussi à notre toucher avec une plume fluide.

D’autres blogs en parlent ! Si vous souhaitez approfondir.

En Positif : melieetleslivresunebonnenouvelleparjour

En négatif ou plus mitigé : mademoisellebouquine

  • Originalité
  • Facilité de lecture
  • Charge émotionnelle
  • Dépaysement
  • Addictif
  • Instructif
  • Absence de longueur
  • Humour
  • Crédibilité
  • Coup de cœur

Quatrième de couverture :

Chaque année, à la mi-carême, se tient un très étrange Bal des Folles. Le temps d’une soirée, le Tout-Paris s’encanaille sur des airs de valse et de polka en compagnie de femmes déguisées en colombines, gitanes, zouaves et autres mousquetaires.
Réparti sur deux salles – d’un côté les idiotes et les épileptiques ; de l’autre les hystériques, les folles et les maniaques – ce bal est en réalité l’une des dernières expérimentations de Charcot, désireux de faire des malades de la Salpêtrière des femmes comme les autres. Parmi elles, Eugénie, Louise et Geneviève, dont Victoria Mas retrace le parcours heurté, dans ce premier roman qui met à nu la condition féminine au XIXe siècle.

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