Le savais-tu ?? Les brigades mobiles

– Vous êtes sûrs que la Sûreté va venir cette nuit ? On ne peut pas laisser ça comme ça, s’inquiéta l’officier en désignant le cadavre.
– J’en suis sûr, oui. Mais si vous voulez, vous pouvez emporter le corps, il n’a rien de particulier à nous apprendre.
– Oh non ! Je ne veux pas d’histoires avec les brigades mobiles. On va attendre le temps qu’il faudra.
Max poussa le culot jusqu’à demander à l’officier qu’un de ses hommes prévienne l’Hôtel du Lac que nous allions y passer la nuit quand notre présence ne serait plus indispensable. Moyennant un pourboire de quelques francs, un des jeunes sapeurs accepta de faire le garçon de course.
Nous attendîmes une bonne heure, à tourner autour des débris du camion et à fumer la fin du paquet de cigarettes égyptiennes de Max avec les pompiers qui nous tenaient compagnie. Il était presque minuit quand nous vîmes arriver trois De Dion-Bouton des toutes nouvelles « Brigades du Tigre ». Elles se garèrent en épi devant nos pieds, chaque voiture nous nimbant d’un halo éblouissant avec ses quatre gros phares blancs puissants. Je mis ma main en visière devant mes yeux et ne pus m’empêcher de titiller Max à propos de l’absence d’éclairage sur son Hermès. Il me répondit que s’il avait voulu avancer à la vitesse d’une De Dion-Bouton, il aurait préféré le faire à dos d’éléphant. Nos échanges furent interrompus par Juvard qui, sortant de la première voiture, nous interpella sans prendre la peine de nous saluer, avec son usuelle agressivité :
– J’espère pour vous que vous ne nous avez pas fait venir pour rien !

On se souviens du nom des assassins – Dominique MAISONS

Qui ne connait pas les brigades du tigre ? Cette série télévisée m’avait captivé enfant. mais l’auteur Claude Desailly a modifié quelques peu le nom officiel de ces brigades instauré par Georges Clemenceau, dit le tigre.

AVANT LES BRIGADES MOBILES

Par décret du 22 février 1855, Napoléon III met en place une police spéciale pour contrôler les voyageurs et plus généralement l’opinion publique, les commissaires des gares et des ports.

Il faut rappeler le coup d’état du 02 decembre 1851. Louis-Napoléon Bonaparte édicte six décrets proclamant la dissolution de l’Assemblée nationale, le rétablissement du suffrage universel masculin, la convocation du peuple français à des élections et la préparation d’une nouvelle constitution pour succéder à celle de la Deuxième République. Celle-ci, proclamée en février 1848, a duré moins de quatre ans. Si le peuple de Paris réagit relativement peu pour défendre une assemblée conservatrice qui l’a dépouillé d’une partie de ses droits politiques, ce n’est pas le cas dans les zones rurales de près d’une trentaine de départements. Sur l’ensemble de la France, plus de 27 000 personnes sont arrêtées et inculpées.

Napoléon III instaure un régime autoritaire qui restreint les libertés publiques pour mater l’opposition. Il met en place une « loi des suspects » qui multiplie les arrestations et les déportations et réorganise la police comme la gendarmerie.

Gendarme de la compagnie de la Seine
Portrait d’un gendarme de la compagnie
de la Seine (1858)

Le décret de 1855 va créer un corps de 30 commissaires spéciaux et 70 inspecteurs, rattachés au ministère de l’Intérieur. L’article 3 du décret étend leurs pouvoirs à toute la ligne à laquelle ils sont rattachés. L’article 5 prévoit qu’ils rendent des comptes aux préfets et adressent une copie de leurs rapports au ministre de l’Intérieur.

En mars 1861, un décret leur confie la surveillance du mouvement des étrangers et la police des ports et des frontières. L’année suivante, une circulaire les met à la disposition des préfets. Leurs effectifs augmentent régulièrement : d’une centaine à leur création, ils sont plus de 200 en 1881.

En décembre 1893, les députés votèrent une augmentation du budget de la Sûreté Générale de 820 000 francs et l’effectif de cette police spéciale atteignit bientôt près de 480 membres.

Ils n’officient plus seulement dans les gares et les lignes de chemins de fer mais à partir de 1893, dans leur département de résidence. A compter du 1er mai 1899, ils sont même utilisés pour le contre-espionnage. Bref, on s’éloigne des wagons, au point qu’en 1911, on désigne le service comme « police spéciale » tout court, avant qu’il ne prenne le nom de police des renseignements généraux

CELESTIN HENNION

Son nom reste attaché à l’organisation des brigades mobiles dès son arrivée à la direction de la Sûreté générale en 1907. Il est considéré comme le père de la police moderne. Clemenceau en nommant, le 31 mars 1913, un fonctionnaire « de la carrière» a rompu la tradition qui faisait placer à l’époque à ce poste, un préfet. Il succède à Louis Lépine .

Cette nomination est le point de départ de toute une réorganisation de la police et surtout d’une modernisation. À ce poste, il définit les fonctions de la police et crée à ce titre le 3 août 1913 trois ordres : la police judiciaire, la police de renseignement (il crée à ce titre la première brigade des renseignements généraux) et la police d’ordre. Devant une insécurité grandissante en France, Clemenceau est décidé à utiliser les grands moyens pour combattre le crime.

Des ennuis de santé le contraignent à la démission le 2 septembre 1914 et il est remplacé par son secrétaire général, Émile Laurent. Il meurt l’année suivante des suites d’un cancer.

BRIGADES MOBILES

Elles sont créées sur les conseils de Célestin Hennion (directeur de la Sûreté générale) par le président du Conseil et ministre de l’Intérieur Georges Clemenceau par le décret du 30 décembre 1907. La police s’enrichit d’une nouvelle force ayant pour «mission exclusive de seconder l’autorité judiciaire dans la recherche et la répression des crimes et des délits de droit commun».

Brigades régionales de police mobile — Wikipédia
Célestin Hennion

Avant celle-ci, il n’y avait aucune liaison, nul moyen de combiner l’action de la police d’une région avec celle de la région voisine. Cette liaison est désormais assurée par les brigades mobiles, troupe nomade dont la fonction est de poursuivre, avec le concours des polices locales, le malfaiteur partout où il se cache.

Brigades régionales de police mobile — Wikipédia
Georges Clemenceau

Placées sous l’autorité du Contrôle général des services de recherches judiciaires nouvellement créée, ces « Brigades du Tigre » sont au nombre de douze à l’origine (1re brigade de Paris, 2e de Lille, 3e de Caen, 4e de Nantes, 5e de Tours, 6e de Limoges, 7e de Bordeaux, 8e de Toulouse, 9e de Marseille, 10e de Lyon, 11e de Dijon et 12e de Châlons-sur-Marne). puis quinze par le décret du 31 août 1911 (brigades de Rennes la 13e, Montpellier la 14e et Nancy la 15e). Elles étaient ainsi implantées dans les principales villes de province. Par ce même décret les 4e, 5e, 6e et 12e brigades sont respectivement relocalisées à Angers, Orléans, Clermont-Ferrand et Reims

Dans l'ombre des Brigades du Tigre

Chacune d’entre elles était dirigée par un commissaire divisionnaire, assisté de trois commissaires de police et commandant quinze à vingt inspecteurs qui effectuaient leur travail vingt-quatre heures sur vingt-quatre en se relayant par groupes de cinq. L’effectif initial est composé de 168 policiers (12 commissaires divisionnaires, 36 commissaires et 120 inspecteurs).

LES MOYENS

En ce début du XXe siècle, des bandes sèment le trouble à grande échelle sur tout l’Hexagone. Les Apaches font frissonner Paris: leurs exploits sont à la Une de tous les journaux. La bande d’Abel Pollet multiplie crimes et meurtres en ville et à la campagne, les «Chauffeurs de la Drôme» attaquent les personnes âgées ou encore «la Caravane à pépère» des malfrats qui écument la campagne de la Touraine et de la Charente en perpétrant vols et escroqueries. Dans les premiers jours de juin 1907, une première opération de coopération entre gendarmes et policiers est orchestrée: la bande de soixante romanichels (la fameuse «Caravane à pépère») est arrêtée à La Tremblade. « Cette capture fit grand bruit. Pour leur coup d’essai, qui était d’ailleurs un coup de maître, les policiers parisiens avaient su débarrasser nos villes et nos campagnes de dangereux malfaiteurs dont les exploits rappelaient à s’y méprendre ceux de Cartouche et de Mandrin. On exagérait.» nous rapporte Le Figaro du 9 août 1907.

SPACE FINAUD: LES BRIGADES DU TIGRE

Les brigades mobiles étaient composées d’hommes entraînés à différentes techniques de combats, dont la savate (ancêtre de la boxe française) et la canne.

Ce corps de police spéciale est aussi le premier du monde à mettre en pratique contre le crime toutes les ressources de la science moderne. Ainsi, outre leur bonne condition physique, les « hommes du Tigre », comme on les appelle, bénéficiaient des dernières méthodes d’investigations techniques et de la modernisation du fichage des criminels (fiches anthropométriques avec empreintes digitales) issues des travaux d’Alphonse Bertillon.

Ce fichier avait été réorganisé comme premier Fichier central du grand banditisme par Célestin Hennion, quelques mois avant la création des brigades mobiles.

Cette nouvelle police d’élite disposait de tous les moyens modernes pour atteindre leurs objectifs : télégraphes, téléphones. C’est cependant seulement à l’issue de l’Affaire Bonnot en octobre 1912 que chacune des brigades furent dotées d’une automobile.

Je vous invite à visionner cette vidéo d’une durée d’une heure

Un commentaire

  1. M’sieur Clémenceau. 🎵🎵 Décidément Stéphanie. Tu me donnes envie de chanter en ce moment. Bravo pour tes recherches. Et félicitations pour ton article. 👏😘

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